Epilogue

Aux dernières nouvelles, Dominique a repris le montage image trois mois après la fin du tournage, en France. Flora Gomes serait à Paris pour y assister. Espérons que le montage son s’y fera aussi afin que nous puissions participer à celui-ci et nous assurer de la collaboration de monteur son et de mixeur que nous connaissons.

Il m’aura fallu nettement plus de temps pour écrire et mettre en page ce journal que de temps effectif de travail sur le plateau. Bien que daté des jours de tournage réels, il a été rédigé avec deux mois de décalage, de début août à fin septembre, certains souvenirs se sont depuis estompés, des faits marquants ont été volontairement occultés. Plus qu’un récit sur le tournage d’un film, ce journal décrit le travail du son sur un plateau de cinéma, c’est un point de vue tout à fait subjectif d’un perchman.

Ce tournage aura été éprouvant non par l’intensité de son travail mais par la lassitude et les temps d’attente interminable sur le plateau, par certains décors vraiment pénibles, et surtout par un clivage entre les postes absolument désagréable. La lecture du scénario m’avait enchanté, l’aventure que promettait le pays m’avait fait rêvé, mais la façon dont ce film a été produit et dirigé par un quartet très hétéroclite où chacun a tiré la couverture à soi, où chacun avait sa propre vision du film, se ressentira, malheureusement à mon sens, dans le résultat final.

Le fait de ne pas parler portugais et d’être principalement resté dans la capitale somme toute très « européanisée » du Mozambique n’aura pas été aussi passionnant que je pouvais l’espérer en m’envolant vers ce pays si lointain. Trop peu de décors nous ont réellement permis d’appréhender la réalité de cette Afrique, je pense à Impaputo et Mafalala, cette Afrique pauvre qui marche sans cesse à la poursuite d’une liberté confisquée.

Gérard Manset - 2008 - Manitoba ne répond plus - 03 - Le pays de la liberté

J’espère néanmoins avoir montré à travers les images et les textes une partie de cette Afrique où la modernité et le progrès qui ont généré tant de pauvreté et d’injustice côtoient un mode de vie plus ancestral qui tire son unique richesse de l’attachement à la terre.

Quoiqu’il en soit, retrouvez tous les lieux de tournage du film « la République des enfants » en téléchargeant le fichier la-republique-des-enfants-mozambique.kmz puis en l’important dans l’application Google Earth.

Depuis que nous avons quitté le Mozambique, des émeutes de la faim ont embrasé le pays, particulièrement dans les quartiers pauvres de Maputo dans lesquels nous avions tourné, les townships de Matola, Infulene, Mafalala, avec de terribles conséquences pour la population, la police ayant tiré à balles réelles sur la foule. Le Mozambique reste un des pays les plus pauvres de la planète, totalement dépendant de son grand voisin l’Afrique du Sud et des largesses du FMI.

 

Ce journal est dédié à Camal, notre électro mozambicain, qui nous a quitté soudainement à la suite d’une maladie fulgurante qui l’a emporté dans le courant du mois d’août. J’en garde le souvenir d’un grand travailleur, sérieux, discret, serviable, toujours souriant, une force de la nature dont l’Afrique aura eu raison, bien trop tôt.

A tous les amis de Camal, à son frère Mussá