24. Les fruits du Potemkine

La République des enfants - Place du Palais

La République des enfants - Place du Palais

Depuis plusieurs jours, Flora évoquait l’idée d’une avalanche de fruits dévalant le grand escalier du Palais. Une allusion évidente au film d’Eisenstein, greffé du symbolisme d’une corne d’abondance qui se tarit.

Une idée en l’air qui deviendra défi puis réalité.

Mais revenons avant tout au début de la journée, continuation laborieuse des plans de la foule fuyant la ville sur la grande place au pied du Palais.

En ce dimanche matin, la Place de l’Indépendance, faisant face à l’Hôtel de Ville de Maputo, est à nouveau totalement bloquée pour les besoins du tournage.

Nous avons 80 figurants, des enfants, des adultes, des vieillards, des femmes portant bébé dans le dos, quelques charrettes et animaux, deux ou trois voitures ou minibus, c’est une Afrique moderne et traditionnelle, riche et pauvre qui se côtoie dans la panique, une foule qu’Angela, Dino et Cossa vont faire courir, tomber, pleurer, crier tout au long de cette matinée.

Quatre plans en tout, caméra fixe, pas de lumière, à part un réflecteur tenu par Paulo, la difficulté tient à l’organisation du mouvement de chacun.

Une charrette dévale les escaliers. Une petite fille, que sa mère tient solidement par la main, voit celle-ci se faire happée par la foule et disparaître, la petite reste seule et perdue, un homme la saisit avant qu’elle ne se fasse écraser par les autres.

La République des enfants - 5B / 3 t5- perche, micro d'appoint au centre, stéréo MS décodé L&R

Sur le rond-point, les voitures tournent sans savoir où aller, seul un musicien traverse paisiblement le champ avec sa guitare et sa valise à roulettes.

La République des enfants - 5B / 4 t3 - perche, micro d'appoint au centre, stéréo MS décodé L&R

Avant d’aller manger, nous tournons encore deux plans de la chute sur les marches du Palais du mât arborant le drapeau de la République mourante. La caméra est en contre-plongée, à la grande déception de Flora, il n’a pas été possible d’utiliser le drapeau qui flotte sur le toit de l’Hôtel de Ville, c’est donc celui qui est suspendu au balcon du grand salon qui servira pour l’occasion. Finalement Gerhard et Waldemar sont encore là, ce sont eux qui ont monté le système qui va libérer le mât afin qu’il tombe au moment voulu. Sur le plan suivant, Patrick fera s’envoler le drapeau loin du cadre avec un souffleur à feuilles, plan que nous ne n’enregistrerons bien évidemment pas au son.

L’après midi entière est consacré à la mise en place et au tournage de trois prises de la chute d’un flot de fruits sur les marches du Palais. La caméra doit suivre ceux-ci du haut au bas de l’escalier. Une construction compliquée a été imaginée par Manuel pour faire descendre le Panther sur rails, espérons en toute sécurité, une sorte de funiculaire à deux travellings, l’un descendant avec le Panther, l’autre montant avec un contre-poids de gueuses de métal et de sable. Dans l’absolu, un funiculaire, comme un téléphérique, est équilibré afin de mettre en oeuvre le minimum d’énergie pour amorcer le mouvement, dans le cas présent, le système descendant est visiblement plus lourd que le système montant, cela oblige à un solide maintien du Panther avec João dessus.

 
La République des enfants - A vos marques

La République des enfants - A vos marques

La République des enfants - Tim lanceur de pastèques

La République des enfants - Tim lanceur de pastèques

La République des enfants - Funiculaire

La République des enfants - Funiculaire

 

Cette construction compliquée, de poulies, de cordes, de sangles de rappel,  et potentiellement dangereuse, peut s’expliquer d’une par la volonté de João de vouloir absolument cadrer ce plan qui aurait pu être fait en caméra aveugle. Sans aucun accessoire, un Panther pèse 125 kg, rajouté le poids du bras,  de la caméra, de la tête, et du cadreur, cela fait entre 230 et 250 kilogrammes ! Dans un escalier à trente degrés, il faut être sûr de son coup, une roue qui déraille, un rail qui glisse, une attache qui lâche et c’est la catastrophe. L’autre raison d’un pareil dispositif est que ce plan aurait été bien plus simplement fait au steadycam en low mode, ou bien plus joliment avec une grue à tête télécommandée, mais la production n’avait pas les moyens de tels procédés.

La République des enfants - Pente raide

La République des enfants - Pente raide

Des cagots entiers d’oranges, de pommes, de melons et pastèques sont déversés du haut sous la direction de Patrick et d’Angela qui a l’air de s’amuser comme une enfant. Tim se charge de la touche finale en lançant en l’air d’énormes pastèque qui viennent s’écraser au premier plan. Je pense à tous ces gens qui manquent à ce point de nourriture dans ce pays, d’ailleurs à la fin de la journée, alors que les fruits auront dévalé trois fois les escaliers, tout sera récupéré par les gardes ou chauffeurs de l’équipe.

La République des enfants - 6 / 5 t3 - perche, micro d'appoint au centre, stéréo MS décodé L&R

Nous avons mis un micro sur le haut pour le départ des fruits, la perche en bas pour la réception et l’USM 69 assez haut au milieu, pour éviter les présences, au bout d’une perche Ambient dépliée à son maximum et posée sur un solide pied électro grâce à la rotule de canne à pêche. Jorge nous a filé quelques gueuses de sable pour stabiliser l’ensemble, mais je suis prêt à bondir sur le micro, le vent commençant à se lever en cette fin d’après midi.

Nous finissons relativement tôt et au retour du Centre Culturel où je viens de garer le véhicule son pour le week-end, nous croisons une procession catholique à l’occasion de la fête du Saint Sacrement qui termine son parcours à travers ville en apothéose à la cathédrale.

Maputo - Procession

Maputo - Procession

Entre la fanfare et les choeurs de jeunes filles, on pourrait s’imaginer dans les rues du vieux New Orleans.

Maputo - Fanfare - pcm-d50, stéréo AB           Maputo - Chants - pcm-d50, stéréo AB

Le temps de prendre un bon bain pour se nettoyer de cette quatrième semaine, de souffler un peu, nous partons assez tardivement avec Ana, Dominique, Guilherme, Patrick et Pierre au marché aux poissons de Maputo, sur Costa do Sol, un peu avant d’arriver sur la piste. Dans cette cour où voisine une dizaine de petites gargotes, nous trouvons place sous un magnifique arbre. Nous y arrivons bien trop tard  vers 20h30, le lieu est en train de se vider, et il faudra attendre plus d’une heure avant d’être servis, crevettes, calamar, poissons, préparation et produits sont corrects sans plus.

 
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