32. Fin de décor

Infulene - Dépôt de munitions

Infulene - Dépôt de munitions

Du haut de la passerelle qui enjambe la route EN1 face à l’hôpital où nous tournons, on aperçoit au loin une immense zone arborée non construite et totalement enclavée dans les townships.

Vue du ciel, celle-ci est encore plus mystérieuse, on y distingue des traces qui évoquent les géoglyphes de l’antique civilisation Nazca au Pérou.

C’est en fait un terrain militaire totalement bouclé et sécurisé, un ancien dépôt d’armes et munitions construit par les soviétiques en 1984 à l’époque de la guerre civile qui ensanglanta le pays de 1977 à 1992.

Le 22 mars 2007, l’ensemble du dépôt explose.

Pendant quasiment trois heures, les munitions, roquettes, bombes et armes de toute nature illuminent le ciel de Maputo, réchauffant l’atmosphère à des kilomètres à la ronde, causant une centaine de morts et plusieurs centaines de blessés.

Et encore ne s’agit-il que d’un bilan officiel car dans cette aire extrêmement dense de townships, les chiffres sont certainement largement sous-estimés.

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Le décalage entre la seconde boule de feu (à 00:33) et l’onde sonore (01:09) ressentie et ses effets sont impressionnants, 35,5 secondes à la vitesse du son de 340 mètres par seconde, nous sommes donc à quelques 12 kilomètres du point d’explosion, soit en plein centre de la ville haute, c’est dire combien cette catastrophe a put être dévastatrice pour les alentours du dépôt.

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Indubitablement Gerhard n’aurait pas fait mieux et question puissance sonore ça dépote !

Pour donner une autre idée de la violence qu’ont dû ressentir les proches habitants de l’hôpital, voici l’effet de souffle d’une explosion dans une fabrique d’armes en Russie (à 00:14) à environ 1,7 kilomètre de celle-ci :

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Voilà donc où nous avons tourné pendant huit jours : un asile de fous, à côté du pire dépôt à munitions de la planète dont on ne peut être certain qu’il ait été totalement démantelé.

Guilherme est parti. Sa discrétion sur le plateau fait qu’on ne remarque pas trop son absence mais nous pensons fortement à lui. Son avion devrait passer juste au dessus de nos têtes vers neuf heures du matin. Je ne doute pas que lui aussi aura une pensée pour le tournage lorsqu’il décollera de l’aéroport à quelques kilomètres de là.

Hier en fin de journée, après la mise en place, lorsque les enfants sont tous venus le saluer une dernière fois, l’émotion était forte, certains pleuraient à l’image du petit Bruno, et l’on peut comprendre l’attachement réciproque de Guilherme à ces gamins qu’il aura côtoyés pendant plus de quatre mois.

Angela a naturellement pris sa place, au fond je me demande si elle n’attendait pas cela, car il est visible qu’elle prend un net plaisir à diriger les enfants en plus de conduire le plateau et de décider très souvent des mises en place. Par moment j’ai l’impression que nous tournons son film à elle.

La République des enfants - 52 / 18 t4 - perche au centre, stéréo MS décodé L&R

Angela est omniprésente, elle a une énergie incroyable, elle impose son rythme, elle est un peu notre Sarko local. Mais à la différence de ce dernier, elle sait y faire, maîtrise parfaitement son sujet et sait écouter les gens avec un relationnel agréable. Je crois que c’est une excellente première assistante. Enfin, elle est bien secondée par Dino, toujours discret mais efficace. J’avoue que je referai bien un film avec elle, ce n’est pas le cas avec quelques autres du plateau.

L’un s’en va, l’autre revient. Après avoir manqué vingt jours de plateau, soit quasiment la moitié du tournage, Inês est de retour sur le plateau depuis hier, sans plâtre et sans béquille. Karl aurait grandement mérité de rester sur le tournage.

Les enfants se sont précipités sur les deux belligérants, Mon de Ferro et Fatima. Accourt Chico suivi d’un petit groupe. C’est l’objet d’un premier travelling que nous tournons assez tôt et rapidement.

Dans le cercle du terrain d’hélicoptère transformé en ring puis en tribunal, deux groupes d’enfants de la République sont face à face :

  1. le premier contrôle Mon de Ferro et plaide pour l’expulsion de tous les enfants soldats,
  2. le second maintient Fatima et penche pour l’expulsion des deux seuls violents.

Au milieu se tient Toni et en retrait, en position d’arbitre, Nuta rejointe par Chico.

C’est le genre de séquence que Flora aime par dessus tout, qui met en scène une figuration importante, avec des oppositions de groupes, des slogans scandés en chœur, des interventions qui dominent la foule. Le jeune garçon et les trois petites filles qu’il a choisis et qui mènent la chorale sont particulièrement convaincants.

Nous allons donc passer la journée à filmer d’abord chacun des groupes séparément, en champ et contrechamp, l’intervention des quatre enfants en gros plan, puis le long discours de réconciliation et de tolérance de Toni plaidant pour une seconde chance, suivi de la décision de Chico et des avis de Nuta.

Pour enregistrer tout cela, nous avons un couple stéréo sur chacun des groupes, l’un in et l’autre off,  et la perche s’occupe des intervenants dans le cadre.

La République des enfants - 52 / 9 t2 - perche au centre, stéréo MS décodé L&R

Pour le discours de Toni filmé en gros plan en amorce avec Nuta et Chico dans le fond, j’installe un micro fixe sur pied en avant et la perche vient en hauteur sur le fond. Deux perches eurent été préférables mais nous n’avions personne sous la main qui puisse faire cela.

La République des enfants - 52 / 17 t3 - perche et micro premier plan au centre

La circulation sur la route ne saurait se faire oublier et soit le film fera avec, soit les trois feront le voyage de Maputo à Lisbonne pour la post-synchro.

Quant au dernier plan, lorsque les enfants de la République, scandant en choeur «To the warehouse», emmènent les enfants soldats vers la menuiserie où ils seront retenus prisonniers, je doute que l’on puisse refaire ceci en auditorium.

La République des enfants - 52 / 19 t4 - perche au centre, stéréo MS décodé L&R

Un peu après quatre heures de l’après-midi, quand nous terminons la quatrième prise du dix-neuvième plan de cette séquence, c’est un sentiment de délivrance qui domine, la sensation que le tournage de ce film est quasiment terminé, que les dix jours à venir ne seront qu’une formalité et passeront très vite. Et c’est avec un plaisir certain que nous prenons pour la dernière fois cette pénible route EN1.

Fin de décor.

 
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