29. Salle d’attente

La République des enfants - Trois

La République des enfants - Trois

Chez le dentiste, chez votre médecin ou même à l’hôpital, les salles d’attente sont des lieux où par nature on s’embête.

Heureusement, il y a toujours un journal qui traîne pour faire passer le temps, un Paris-Match, un Gala ou un Voici, ces journaux de voyeur qu’il ne vous viendrait jamais à l’idée d’acheter en temps ordinaire, ou mieux un Okapi voire un Journal de Mickey qui vous replonge dans votre tendre enfance.

Mais aujourd’hui, là, dans cette salle d’attente du bloc Acácias de l’hôpital psychiatrique de Infulene, banlieue de Maputo, Mozambique, il n’y a rien.

Mais alors rien qui puisse vous donner envie d’y rester, pas même un vieil exemplaire du Monde qui eût comblé de joie Pierre !

La nuit porte conseil.

Le dernier plan de la journée d’hier est à refaire, les quatre prises de la veille iront directement dans le Bin Trash de Final Cut Pro. Nous allons donc faire ce plan autrement, selon l’idée de Flora.

Gros plan sur une toute petite fille habillée en cantinière qui découvre un plat de riz et de poisson. Elle dépose une assiette, sort une cuillère de son tablier, la caméra recule un peu pour englober les trois enfants soldats qui se précipitent sur la nourriture. Insensible aux sarcasmes de Fatima, Aymar évoque son père pêcheur. Nuta, partie précédemment avec Toni, revient et remarque enfin Mon de Ferro sur le brancard. Aymar quitte la table pour aller demander le chemin des toilettes à la petite Sarah hors champ.

Voilà un plan qui filme des acteurs et non un décor, un plan qui fait la part belle au jeu, un plan qui, par les entrées et sorties de champ, dynamise la scène. La petite figurante cantinière est vraiment très jeune et semble un peu « attardée », l’enchainement des mouvements nécessitera onze prises, un record je crois sur le tournage.

La République des enfants - 29 / 2 t11 - perche seule au centre

Nous reprenons ensuite plus serré sur Nuta, sur Aymar et Sarah, et enfin sur Mon de Ferro gisant sur le brancard. La matinée s’achève après ces quatre plans. Enfin une scène véritablement découpée.

Après le repas, en attendant la reprise, pendant que Pierre finit son dernier Aragon (moi j’aurais plutôt amené la collection complète  en version originale des Peanuts qui se prête mieux à l’esprit du lieu), je démonte à nouveau le Cantar pour voir s’il n’y a vraiment rien à faire pour régler cette histoire de graveur en panne. Pour rien, la corvée du soir se confirme donc.

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Ce fut comme cela toute la matinée,  elles passent et repassent entre cour et dortoir, ce matin nous avons eu droit quatre fois au défilé de tout le dortoir, une quinzaine de femmes, un spectacle désolant. Devant des enfants gênés, notre garde armé a dû intervenir pour canaliser celles qui voulaient absolument s’écarter de la file en hurlant ou pleurant, l’une d’elle réussira à piquer une bouteille de Fanta qu’il aurait été de mauvais goût de lui reprendre. Pauvres femmes. Dans quelle misère humaine vivent-elles ?

Fatima et Bia sont à la fenêtre grande ouverte, le petit Bayfaz entre, se cache derrière un banc et contemple la grande Fatima, amoureux ou en manque d’affection maternelle. Le jeune Karan, tout juste six ans mais terriblement malin et éveillé, fait un peu ce qu’il veut, là aussi neuf prises seront nécessaire.

La République des enfants - 33 / 1 t9 - perche seule au centre

Arrive Chico qui annonce aux filles leur avoir trouvé une chambre pour la nuit, les deux garçons étant au bloc opératoire et Aymar ayant définitivement disparu dans les méandres de l’hôpital. A la troisième prise, Patrick, en bon allemand, qu’il n’est pas dans la réalité, annonce discrètement «Schnapsklappe» au frais de la déco, mais il en faudra trois de plus pour que Maurice soit dans sa marque, c’est à dire là où le chef opérateur lui a dit de se placer, bien dans la lumière.

La République des enfants - 33 / 3 t3 - perche seule au centre

Trois plans. Fenêtre et porte sur cour grandes ouvertes, cela veut dire bruit de ballasts HMI important, dehors il y a le 18 kW Cinemills, le 12 kW Arri, une pollution sonore importante qui implique de refaire en fin de journée quelques  sons seuls des textes.

Retour par la route connue, de plus en plus encombrée, nous sommes samedi soir, c’est comme à Paris signe de bordel, les travaux foutent une pagaille monstre. Il est dommage que nous n’ayons pas mieux réfléchi à l’itinéraire Bis car, selon Kyko qui connaît parfaitement sa ville, du rond point où nous avions bifurqué pour se perdre dans les townships, il suffit de prendre en biais Avenida Lenine qui nous mène droit sur l’hôtel. Mais je sens que Pierre n’est pas chaud pour une autre virée touristique.

Plus que quatre jours.

 
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